Bally
Bagayoko s’est présenté à la mairie de Saint-Denis sous l’étiquette
LFI. Un peu à la surprise générale, voilà sa liste élue au premier tour.
Mais comment ça ? Un noir (mais « noir, noir » comme dans le sketch de
Muriel Robin) maire de la « ville des rois » aux portes de Paris, ce fut
rapidement une cacophonie où le racisme rageur se mélangeait au racisme
faussement cultivé.
Pour le racisme rageur, on trouva Éric Zemmour qui
en grand admirateur de Jeanne d’Arc entendit lui aussi les voix. Selon
lesquelles le nouvel édile aurait qualifié Saint-Denis de « ville des noirs » alors que tout le monde avait bien entendu « ville des rois
». Quand Bagayoko rappela que les fonctionnaires d’autorité de la
commune devaient loyauté à la nouvelle équipe, Michel Onfray nous
gratifia d’une leçon d’anthropologie. C’était simplement l’application de la loi
mais cela n’empêcha pas Onfray, armé de son ignorance habituelle, de
nous servir une phrase assez déshonorante, comparant le nouveau maire de
Saint-Denis au mâle dominant d’une tribu primitive se réservant les
femelles : « On n’est pas dans une tribu
primitive, où vous avez le mâle dominant qui est là et qui décide, toi
tu auras à manger, toi t’auras pas à manger, moi j’aurai les femelles,
toi t’auras pas les femelles ».
Après
une entrée en matière aussi spectaculaire, et sans renoncer à rien, on
aurait pu attendre de Bally Bagayoko un minimum de finesse politique et
qu’il manifeste sa préoccupation de réussir le mandat important que le
suffrage universel venait de lui confier.
Malheureusement, semblant
avoir pris le melon, il nous a offert une série de provocations
destinées à le mettre en avant. Jean-Luc Mélenchon serait peut-être
avisé, de lui conseiller de la mettre un peu en veilleuse et d’éviter de
parasiter ainsi avec ses coquetteries, le combat qui doit se mener dans
les prochains mois jusqu’à l’élection présidentielle. Tout le monde a
bien compris que la véritable cible du lynchage du maire de Saint-Denis
est bien LFI.
Parce qu’après le racisme décomplexé,
voilà maintenant le temps des boules puantes, avec à la manœuvre, tout
ce que le macronisme compte de nervis. Au coup de sifflet lancé par le
Canard enchaîné, fournisseur à la demande de lynchages médiatiques sur
mesure, toute la presse s’est précipitée sur une information, dont le
simple examen attentif aurait démontré l’inanité. Information selon
laquelle le nouveau maire de Saint-Denis « détournerait des fonds publics
» et bénéficierait comme Pénélope Fillon (!!!) d’un colossal emploi
fictif. Et naturellement on annonçait à grand son de trompe que la
justice était « saisie », selon la
bonne habitude de faire de la politique par juge interposé. Nous verrons
un peu plus loin le caractère inepte des accusations au plan juridique
et judiciaire, mais jetons d’abord un coup d’œil sur les protagonistes
les plus décoratifs de la manœuvre.
Il
y a tout d’abord Eric Halphen, qui aurait déposé une plainte au nom
d’une obscure officine de soi-disant lutte contre la corruption. Comme
nous sommes au mois d’août, et que les vacances ne sont quand même pas
faites pour les chiens, je vais me reposer et gratifier le lecteur du
portrait que j’en avais brossé dans mon livre « Une justice politique » sous le titre : Éric Halphen le profiteur.
«
La notice Wikipédia d’Éric Halphen lui attribue pour commencer un
certain nombre de qualités : d’abord qu’il est magistrat ce qui n’est
pas contestable, puis en utilisant le fameux oxymore « juge
anti-corruption », puisqu’un juge par définition est un arbitre
impartial et sûrement pas anti quelque chose. Ensuite que c’est un homme
politique, ce qui fait sourire et enfin un écrivain ce qui est
hilarant. Parce qu’Éric Halphen, qui ne s’était pas signalé par une
grande puissance de travail et végétait dans les profondeurs du
classement, a bénéficié d’un concours de circonstances lorsqu’il était
juge d’instruction à Créteil et qu’un dossier concernant les marchés des
HLM de la Ville de Paris lui avait été confié. Il fut l’objet d’une
manœuvre obscure et putride visant à le disqualifier en pleine période
de deuxième cohabitation. Une occasion en or pour François Mitterrand de
prendre sa défense au nom de l’indépendance de la magistrature et de
lui donner ainsi le statut de martyr de gauche.
Depuis ce moment-là,
l’activité essentielle d’Eric Halphen a consisté à vaguement bricoler
ses dossiers, et à surtout se mettre en scène par des initiatives
spectaculaires en général illégales et surtout complètement inutiles,
ses dossiers passant plus souvent qu’à leur tour au laminoir de la Cour
de cassation. Mais cela lui fournissait un passeport pour
l’intouchabilité lui assurant rythme de travail paisible et perspectives
politiques et médiatiques qu’il espérait rémunératrices. C’est ainsi
que très tranquillement, alors qu’il était toujours juge du siège et par
conséquent tenu au strict devoir de réserve politique, il n’hésita pas à
publier en pleine campagne présidentielle de 2002 un brûlot contre
Jacques Chirac alors candidat à sa réélection. Probablement persuadé de
la victoire de Lionel Jospin, il décida alors de se mettre en « disponibilité temporaire
» de la magistrature pour se lancer en politique. La petite histoire
raconte qu’Arnaud Montebourg le prit par la main pour l’amener à
François Hollande alors premier secrétaire du PS afin qu’il lui trouve
une circonscription parlementaire pour les législatives à venir.
Hollande ayant prudemment décliné, Éric Halphen changeant alors de
cheval, soutint Jean-Pierre Chevènement caracolant alors dans les
sondages, qui lui offrit complaisamment une candidature dans une
circonscription considérée comme gagnable. Il s’y ridiculisa et, décida
alors de tenter sa chance en faisant publier des romans et des
nouvelles. Permettant ainsi aux éditeurs de mesurer que le capital
médiatique de justicier incorruptible ne faisait pas l’écrivain.
Comme
il fallait bien faire bouillir la marmite, Éric Halphen décida
d’utiliser le parachute qu’il avait prudemment conservé et demanda sa
réintégration dans la magistrature. Ce qui fut fait en 2007 à l’aide
d’une affectation à la 3e chambre du tribunal de grande instance de
Paris chargée des questions de propriété intellectuelle. L’appartenance à
une collégialité imposant quand même de travailler un peu, il fit de
nouveau donner ses soutiens médiatiques et prétendit que cette
affectation, pourtant objectivement prestigieuse, n’était destinée qu’à
l’écarter des dossiers sensibles. Peine perdue, et notre preux chevalier
continua à végéter, jusqu’à ce que se présente une nouvelle opportunité
avec la candidature d’Emmanuel Macron qu’Éric Halphen rallia prestement
en demandant une nouvelle fois une circonscription législative. Qui lui
fut offerte et où malgré des circonstances extrêmement favorables il
réussit à nouveau à se faire battre à plate couture par une candidate
d’un PS pourtant en déroute. Qu’à cela ne tienne, probablement à l’aide
de quelques intrigues, Eric Halphen réussit à se faire nommer juge
d’instruction à Paris. Certes pas au prestigieux et très politique «
Pôle financier », mais à un poste où l’on peut supposer qu’il rendra au
système Macron les services qu’on attend de lui. »
Aux
dernières nouvelles Halphen aurait enfin pris sa retraite, ce qui en
termes d’activité n’a pas du beaucoup le changer. Voilà donc qui est le «
justicier » bidon présenté par la presse macroniste comme un chevalier
uniquement soucieux du bon usage des fonds publics. Il se présente
lui-même comme « lanceur d’alerte » ni de gauche ni de droite, ce qui s’appelle se foutre du monde.
Restons
dans les fonds de cuve en passant maintenant à son partenaire de
lynchage. Nous avons nommé Frédéric Haziza. Personnage assez infect, au
lourd passé de harceleur sexuel, c’est un propagandiste acharné de la
politique génocidaire d’un État étranger. Et voilà qu’on a appris qu’il
était également collaborateur grassement appointé du Canard enchaîné,
chargé d’un certain nombre de basses œuvres. Comme par exemple
l’acharnement contre Rima Hassan. Comme souvent, lorsqu’une opération de
ce type est déclenchée, le Canard enchaîné donne le la, et toute la
meute du bloc central a embrayé. La personnalité des duettistes chargés
de cette besogne, donne une idée de son caractère puant.
Sur le fond, le problème est très simple. Voilà ce que nous raconte Halphen : « la
plainte concerne des faits présumés de prise illégale d’intérêts, de
favoritisme, de manquement à la probité et de cumul irrégulier
d’activités publiques ». Tout est grotesque dans cette
présentation, qui mélange titre de chapitre du code pénal et
infractions inventées.
Mais en fait, pour activer l’accusation du « tous pourris
», le reproche fait à Bally Bagayoko est celui de percevoir un SALAIRE
de son employeur la RATP et également par ailleurs une INDEMNITÉ pour
l’exercice du mandat que lui a confié le suffrage universel. La
démocratie c’est comme ça que ça marche, parce que si elle a un prix,
elle a également un coût. Et il faut que tout le monde puisse accéder
aux mandats électifs, et pas seulement les bourgeois rentiers dont
Halphen et Haziza sont les domestiques. Toutes les entreprises doivent
évidemment tenir compte des responsabilités électives qu’occupent par
ailleurs leurs salariés, et organiser leur travail en fonction. Il n’y a
donc aucun « cumul » d’emplois publics, simplement CONCOMITANCE entre
un travail salarié et un mandat électif. Ce qui est à la fois normal et
légitime. Et au passage on renverra à leurs certitudes les imbéciles qui
parlent de détournement de fonds publics, les fonds maniés par RATP,
qui assume une mission de service public, n’ont à aucun moment ce
caractère.
Boules puantes, lynchages, officines opaques, nervis, le macronisme finissant a vraiment une bien vilaine tête.
Les coloriages ajoutés sont un choix de ce blog