Daniel Siad, recruteur de mannequins soupçonné d’avoir envoyé de jeunes femmes vers Jeffrey Epstein, a été retrouvé mort dans les Hauts-de-Seine. Cinq femmes avaient porté plainte contre lui. Son décès intervient avant qu’il ait pu être interrogé par la justice française. Cinq plaintes, des milliers de mentions et aucune audition avant sa mort à Colombes.
mise à jour le 22/07/26
Un décès qui prive l’enquête d’un témoin central
Daniel Siad, qui se disait à la disposition de la justice. a été retrouvé inanimé lundi 20 juillet au soir dans la cuisine d’un logement situé à Colombes, dans les Hauts-de-Seine. Âgé de 69 ans, ce Franco-Suédois, né en Algérie dans une famille juive, était soupçonné d’avoir recruté de jeunes mannequins pour Jeffrey Epstein. Son nom apparaît plus de 2 000 fois dans les millions de pages rendues publiques par le ministère américain de la Justice.
Selon les informations du Parisien, sa colocataire l’a découvert au sol avant de prévenir les voisins. Les secours n’ont pas réussi à le réanimer. Un arrêt cardiaque est évoqué, mais une enquête a été ouverte afin d’établir précisément les circonstances du décès. À ce stade, aucune conclusion définitive n’a été communiquée.
Des jeunes femmes recherchées dans plusieurs pays
Daniel Siad travaillait comme recruteur de mannequins. Des courriels publiés dans les dossiers Epstein montrent qu’il envoyait régulièrement au financier américain des photographies, des mensurations et des informations sur de jeunes femmes repérées en France, en Suède, en Pologne, en République tchèque, en Afrique du Sud, au Maroc ou encore à Cuba.
Une enquête du Guardian consacrée à ces échanges fait état de profils d’adolescentes âgées de 15 à 17 ans. Certains messages portaient directement sur leur âge, leur apparence et leur disponibilité. Epstein aurait également remboursé des déplacements et diverses dépenses engagées par Siad.
Daniel Siad reconnaissait avoir présenté des mannequins à Jeffrey Epstein, notamment dans son appartement de l’avenue Foch à Paris. Il affirmait toutefois que ces rencontres étaient strictement professionnelles et liées à de prétendus recrutements dans la mode.
« À chaque fois je lui présentais des mannequins, et je repartais avec les mannequins. Je n’avais avec lui que des relations professionnelles. Je ne connais pas sa vie privée », déclarait-il quelques semaines avant sa mort.
Cinq femmes avaient porté plainte
Cette version était contestée par plusieurs femmes. Cinq plaignantes accusaient Daniel Siad de viols, de violences sexuelles ou de traite d’êtres humains. Parmi elles figure Ebba Karlsson, une ancienne mannequin suédoise qui affirme avoir été attirée en France par une promesse de carrière puis violée à Cannes en 1990.
Une autre Française avait raconté aux policiers avoir été mise en relation avec Jeffrey Epstein par son intermédiaire. Une plainte pour viol et trafic d’êtres humains avait notamment été déposée en février 2026 à Paris.
Daniel Siad niait toutes les accusations. « Je n’ai jamais violé quelqu’un de ma vie », avait-il déclaré lors d’un entretien diffusé en mai. Il disait être prêt à rencontrer les enquêteurs et à répondre aux plaignantes. Malgré cette déclaration, il n’avait toujours pas été entendu par la justice française au moment de sa mort.
Une jeune Allemande disparue depuis 2015
Le nom de Daniel Siad apparaît également dans l’enquête sur la disparition de Michele, une jeune Allemande de 22 ans qui souhaitait devenir mannequin. Elle a quitté le domicile de sa mère avec une valise en septembre 2015 et n’a plus jamais donné signe de vie.
Des recherches menées par ZDF et Der Spiegel ont retrouvé des échanges dans lesquels Siad aurait envoyé des photographies de Michele à Epstein. Il lui aurait proposé de financer un billet d’avion afin qu’elle puisse le rencontrer. Rien ne permet d’affirmer qu’elle a effectivement vu Epstein ni de relier directement sa disparition au réseau. Mais cette piste retrouvée onze ans après sa disparition devait être examinée.
Epstein, Brunel, Giuffre : une succession de suicides
Le décès de Daniel Siad s’ajoute à une série de morts qui nourrit une forte méfiance dans le public. Jeffrey Epstein a été retrouvé pendu dans sa cellule new-yorkaise en août 2019. La médecine légale et le FBI ont conclu à un suicide. Le rapport de l’inspection du ministère américain de la Justice a cependant décrit de graves négligences dans la prison : rondes non effectuées, documents falsifiés et défaillances de surveillance.
Jean-Luc Brunel, agent de mannequins français et proche d’Epstein, a été retrouvé pendu dans sa cellule de la prison de la Santé en février 2022. Son décès a également été considéré comme un suicide. Virginia Giuffre, l’une des principales victimes et accusatrices du réseau, s’est donné la mort en Australie en avril 2025, selon sa famille.
Trois suicides officiels, une jeune femme toujours portée disparue et désormais la mort d’un recruteur présumé avant son audition : cette accumulation explique les interrogations.
Les dossiers et les témoignages doivent être préservés
La mort de Daniel Siad empêche désormais les magistrats de l’interroger sur ses courriels, ses déplacements, ses paiements et les jeunes femmes qu’il a présentées à Epstein. Elle n’efface ni les plaintes ni les documents déjà saisis. Les enquêteurs peuvent encore confronter les archives numériques, les mouvements bancaires et les témoignages des victimes potentielles.
L’urgence n’est pas d’inventer une réponse avant les résultats de l’enquête. Elle consiste à savoir pourquoi un homme cité des milliers de fois dans les dossiers Epstein n’a jamais été entendu, alors que plusieurs femmes l’accusaient et qu’il se disait disponible. Sa mort ferme une porte. La justice doit maintenant empêcher que les preuves et les responsabilités disparaissent avec lui.









