Chers
lecteurs, vous aurez remarqué que, malgré l'abondance de nos articles
sur les guerres d'Ukraine et d'Iran au début du conflit, nous n'en avons
pas fait une série. La position des belligérants et les conditions
mêmes de ces guerres étant restées inchangées, nous nous serions
condamnés à paraphraser nos propres travaux – ce qui peut s'avérer
lucratif, mais certainement pas journalistique.
L’hypernormalisation a
pour premier effet de rendre incapables ceux qui prétendent nous guider
d’imaginer qu’une autre voie que la leur puisse exister.
«
Une nouvelle escalade criminelle », tonne Benjamin Haddad, secrétaire
d'État aux Affaires européennes – un homme dont la carrière, avant son
élection comme député en 2024, se résumait à travailler pour le Hudson
Institute et l'Atlantic Council – une organisation qui défend la
souveraineté européenne. La Russie n'a fait que riposter aux frappes de
drones ukrainiennes sur son propre territoire.
La
différence, c'est que lorsque l'Ours sort ses griffes, il vous arrache
la tête d'un seul coup – rien à voir avec les piqûres de moustiques que
Kiev lance via l'espace aérien des États membres de l'OTAN.
N'est-il
pas curieux, n'est-ce pas, ce défilé de prétendants à la présidentielle
française en pèlerinage à Kiev ? Attal, Retailleau, Philippe… Si l'on
était d'humeur machiavélique, on pourrait s'interroger sur les
véritables motivations de ces visites. Électivement, elles n'ont que peu
d'intérêt : l'immense majorité des électeurs français en a assez de
l'Ukraine, et aucun soutien ne leur est promis là-bas. Financement de
campagne, alors ? Vu les centaines de milliards déversés – dont, selon
les Américains eux-mêmes, au moins 30 % ont été détournés –, l'Ukraine
joue-t-elle désormais le même rôle que nos anciennes colonies ? On n'a
encore vu personne en Algérie, mais soyez-en sûrs, ils finiront tous par
y aller.
Édouard
Philippe entend faire de l'Ukraine l'un des grands thèmes de sa
campagne, une question d'intérêt et de principe, nous dit-il. Or, le
problème est le suivant : la France n'a jamais eu le moindre intérêt
pour l'Ukraine, et n'en a toujours pas. Quant aux principes, si Monsieur Philippe
s'était réellement soucié de l'Ukraine et des Ukrainiens, sa politique
en tant que Premier ministre aurait dû consister à encourager Kiev à
maintenir de bonnes relations avec Moscou et à tout faire pour éviter
une guerre perdue d'avance et qui ne pouvait que mener à la destruction
de l'Ukraine. Réactiver le format Normandie, par exemple. Au lieu de
cela, Édouard Philippe a fait exactement le contraire.
Vladimir
Poutine a mis fin au pillage des vastes ressources russes auquel
l'Occident s'est complu avec délectation tout au long des années 1990.
Qu'on le veuille ou non, il a rétabli l'ordre dans son pays et l'a sorti
de la crise économique. Ce résultat n'a été obtenu ni par consensus ni
par de vaines délibérations. Il a réaffirmé la souveraineté russe en
expulsant les organisations – ONG, USAID, finance occidentale et autres –
qui, sous couvert de nobles principes universels, s'employaient à
démembrer la Russie pour la piller. Les Russes ont la mémoire longue, et
la servitude – on peut se demander pourquoi, peut-être en raison de
l'histoire – ne leur convient guère.
La
seule réponse que les dirigeants occidentaux ont pu apporter au retour
de la Russie parmi les grandes puissances a été d'élargir l'OTAN, en
contradiction flagrante avec les promesses faites lors de la chute du
Mur et en exploitant pleinement la faiblesse momentanée de Moscou. Une
faiblesse qui s'est avérée temporaire : l'expansion de l'OTAN jusqu'aux
frontières russes, rendue possible par le coup d'État de Maïdan en 2014,
a déclenché le conflit dont nous assistons aujourd'hui aux derniers
soubresauts.
Les
objectifs de guerre de la Russie n'ont pas changé depuis 2022. «
Dénazifier le Donbass » : mission accomplie. Détruire les capacités
militaires de l'Ukraine ? Objectif atteint pour toute une génération,
compte tenu du nombre d'Ukrainiens – plus d'un million, certains
avancent le chiffre de deux millions – morts pour rien. L'Ukraine étant
financée et armée par l'OTAN, l'objectif était aussi d'épuiser les
arsenaux de l'Alliance. D'où cette guerre d'usure qui a vidé les stocks
occidentaux, et surtout européens. Mission accomplie.
Vous
comprendrez donc notre lassitude sincère de devoir débattre de conflits
dont nous connaissions déjà l'issue, en Ukraine comme en Iran. Vous
comprendrez également notre profonde irritation face au silence qui
règne quant aux agissements de l'État d'Israël au Liban, au Rwanda de
Paul Kagamé au Congo, et à l'atroce guerre civile au Soudan, fomentée
par les mêmes suspects : les États-Unis, Israël et les Émirats arabes
unis.
Nous
ne possédons ni la chemise blanche immaculée de Charvet, ni la fortune,
ni le cynisme nécessaire pour tenir de tels propos au sommet d'un tas
de cadavres.
Le
monde est en mauvaise posture. C'est, en grande partie, la faute de
l'Occident. Plus précisément, la faute de ses dirigeants, élus ou non.
Les remplacer permettrait de résoudre une bonne partie du problème.