Carte : publics

Un éventuel déploiement français à Chypre intervient dans un contexte de préoccupations croissantes de la Turquie face à un encerclement stratégique en Méditerranée orientale, rapporte Al-Monitor.

La Turquie a rejeté le projet français de déployer des troupes à Chypre, avertissant qu'il risquait de déstabiliser l'île et de perturber l'équilibre sécuritaire existant.

La Turquie met en garde contre une escalade : « De telles actions risquent de perturber le fragile équilibre actuel et d'exacerber les tensions sur l'île », a déclaré un responsable du ministère turc de la Défense aux journalistes à Ankara lors d'un point de presse.

Cette déclaration fait suite aux propos du président chypriote grec Nikos Christodoulides, qui affirmait que la France serait en mesure de déployer des troupes en République de Chypre.

« Nous réaffirmons que ces initiatives pourraient également poser des risques pour la sécurité future de l’administration chypriote grecque et que toute mesure susceptible de compromettre la stabilité régionale doit être évitée », a déclaré le responsable.

Chypre reste divisée entre la République de Chypre, membre de l'UE, et le nord séparatiste, reconnu uniquement par Ankara depuis l'intervention turque de 1974 suite à un coup d'État soutenu par la Grèce.

La Turquie, la Grèce et le Royaume-Uni demeurent des puissances garantes en vertu des accords conclus après l'indépendance de l'île. La Turquie maintient environ 40 000 soldats dans le nord du pays.

La Grande-Bretagne maintient également environ 4 000 soldats permanents sur l'île, répartis sur ses bases souveraines, tandis que la présence grecque se limite à un contingent établi de longue date d'environ 1 000 hommes.

Contexte : Christodoulides a déclaré que son pays et la France avaient finalisé les négociations relatives à un accord sur le statut des forces qui permettra à Paris de déployer des troupes sur l'île divisée. Il a ajouté qu'en juin, les deux pays devraient signer cet accord, qui établit un cadre juridique autorisant le stationnement temporaire des forces françaises sur l'île, la réalisation d'entraînements et d'exercices conjoints, ainsi que l'accès aux installations militaires pour le soutien logistique et le transit.

Le président chypriote grec a décrit le déploiement potentiel de troupes comme étant « exclusivement à des fins humanitaires », sans donner plus de précisions.

Le 2 mars, un drone de type Shahed a frappé une base de la Royal Air Force britannique dans le sud de Chypre, au milieu d'une vague d'attaques iraniennes dans toute la région.

Bien que l'aviation française ait occasionnellement utilisé la base de la RAF pour des missions logistiques régionales par le passé, le déploiement intervenu après le 2 mars marque la première étape d'une présence militaire officielle de Paris sur l'île. Suite à la frappe, Paris a commencé à déployer des unités spécialisées anti-drones et anti-missiles sur l'île.

Paris a immédiatement dépêché le groupe aéronaval du porte-avions Charles de Gaulle en Méditerranée orientale suite à l'attaque de drones du 2 mars.

La coopération en matière de défense entre le gouvernement chypriote grec, la France et la Grèce s'est intensifiée depuis. La semaine dernière, Paris et Athènes ont signé un accord de partenariat stratégique global renforcé, qui associe concrètement la sécurité grecque à une nouvelle présence militaire française à Chypre.

Pourquoi c'est important : Un déploiement français à Chypre, où la Turquie maintient également environ 50 000 soldats dans le nord, risque d'attiser les tensions entre les capitales de l'OTAN alors que les États membres européens s'efforcent de présenter un front uni face aux guerres en Iran et en Ukraine.

La Grèce, alliée de la Turquie au sein de l'OTAN mais rivale de longue date en raison de différends territoriaux, a également approfondi sa coopération avec Israël ces derniers mois, alimentant encore davantage les craintes d'Ankara d'être encerclée dans la région.

Pour ajouter à la tension, le président français Emmanuel Macron a déclaré qu'il ne devait y avoir « aucun doute » sur l'engagement de la France à soutenir la Grèce contre « toute menace », propos largement interprétés à Ankara comme une allusion voilée à la Turquie.

Le responsable turc a déclaré que les déclarations de la France et de la Grèce, membres de l'OTAN, fondées sur « certains scénarios », accroissaient les tensions et risquaient de nuire à la paix et à la stabilité régionales.

« Nous rappelons que toute alliance militaire qui se forme dans notre région contre la Turquie n'a aucune chance de succès », a déclaré le responsable.