Aller
au fond de l’inconnu pour trouver du nouveau, a écrit Baudelaire - à
moins que ce ne soit une histoire de flacon, dirons les pochtrons. Dans
les deux cas, c’est pareil.
Si vous avez cru, ne serait-ce qu’un
instant, que reprendre le contrôle de votre vie numérique ne demanderait
aucun effort, c’est que vous n’avez rien compris. Il s’agit avant tout
d’un processus d’apprentissage — pas d’un truc qu’on vous sert à la
becquée en appuyant sur un bouton.
La
souveraineté numérique, ça s’acquiert en faisant, jusqu’à obtenir la
maîtrise que vous jugerez suffisante pour que votre machine fasse ce que
vous voulez qu’elle fasse — et surtout, qu’elle ne fasse pas ce que
vous ne voulez pas qu’elle fasse. Bref : devenir le patron de votre
ordinateur. Parce qu’aujourd’hui, soyons clairs, vous êtes les esclaves
de Microsoft et d’Apple.
Il va donc falloir apprendre à utiliser
le terminal Linux et taper des lignes de commande. Et non, ne commencez
pas à geindre ou à hurler : plus besoin d’apprendre les commandes par
cœur. L’IA est là pour ça. Elle vous aidera à administrer votre système
et à résoudre vos problèmes en vous proposant elle-même la ligne de
commande qui accomplira l’action voulue.
Et soudain une sainte terreur saisit l’utilisateur confronté à un terminal vide. Attention
cependant : une IA ne fait pas votre boulot à votre place. Votre
boulot, à vous, c’est de savoir ce que vous voulez faire et d’être
capable de l’exprimer noir sur blanc dans un prompt, une instruction.
Plus le prompt est précis, meilleure sera la réponse. C’est aussi simple
que ça.
Et si vous rencontrez un problème en cours de route,
copiez-collez ce que vous voyez dans le terminal — ou prenez une capture
d’écran — et soumettez-le à l’ IA que vous utilisez. Elle l’analysera
et vous proposera des solutions.
C’est
pas compliqué: il suffit d’expliquer dans le détail le plus clairement
possible à l’IA ce que vous souhaitez faire, de lui donner vos
instructions de manière logique.
Exemple:
Je
souhaite installer Kdenlive (logiciel de montage video, ndlr) sur
Ubuntu. Peux tu m’indiquer les différentes possibilités et les
procédures à suivre pour chacune.
Voici le début d’une réponse donnée par Claude
Les
blocs de commande « bash » vous donnent les lignes de commande à
exécuter à chaque étape de la méthode que vous aurez choisie. Rien de
sorcier : il suffit de les copier-coller dans le terminal et de les
exécuter les uns après les autres — c’est-à-dire appuyer sur Entrée —
pour installer Kdenlive.
Pour des actions plus complexes, vous
pouvez recourir à ce qu’on appelle le métaprompting : demander à l’IA de
rédiger elle-même le prompt qui détaillera les actions menant à ce que
vous voulez obtenir. Autrement dit, vous ne formulez plus seulement une
instruction — vous demandez à l’IA de vous aider à construire la bonne
instruction. Exemple:
Je voudrais rédiger avec toi un
prompt qui me donnera la procédure pas à pas pour installer Ollama (un
runtime d’IA) sur Ubuntu afin de faire tourner Gemma4 12B (un modèle
d’IA open source de Google) avec Hermes Agent (un agent IA) en docker
(dans un conteneur isolé du reste de votre ordinateur pour que l’agent
ne puisse pas y semer le binz).
Voici la réponse de Claude:
Il
vous suffira de copier ce prompt et de le coller dans l'IA, en y
précisant les caractéristiques de votre système. L’IA vous produira
alors une procédure complète, à exécuter étape par étape, avec les blocs
de commande correspondants.
Début de la réponse de Claude:
Disons-le
sans détour : vous n’avez plus aucune raison valable de repousser votre
passage à Linux. L’intelligence artificielle a changé la donne. Elle
vous permet désormais de faire exactement ce que vous voulez faire, et
de diagnostiquer et résoudre les problèmes techniques qui se
dresseraient sur votre chemin.
Mais attention, ne nous méprenons
pas : ce n’est pas de la magie. L’IA n’agit pas d’elle-même — elle
répond à ce qu’on lui demande. Et bien formuler un prompt exige des
connaissances réelles. Quelqu’un qui ignore ce qu’est un runtime, ce
qu’est un modèle d’IA, ce qu’est un agent IA ou encore ce qu’est Docker
et ne comprend pas comment tout ce bazar fonctionne ensemble, n’aurait
tout simplement pas été en mesure de rédiger le métaprompt de l’exemple
ci-dessus.
L’outil a évolué. Pas la nécessité de savoir ce qu’on fait.
C’est
pourquoi, tant que vous y êtes, il faut changer de réflexe : chaque
fois que vous tombez sur un terme inconnu — « Flatpak », « Docker », peu
importe — au lieu de passer votre chemin, demandez à l’IA de vous
l’expliquer. Vous verrez : votre compréhension technique progressera de
manière exponentielle. Parce qu’elle nous permet d’expérimenter par
nous-mêmes sans grand risque, l’IA est un formidable outil
d’apprentissage. Et on apprend d’abord en se trompant.
Dans notre
prochain article, nous verrons comment faire tourner une IA souveraine
directement sur votre machine, en local, et comment utiliser un agent —
Hermes — capable de s’adapter à vous en apprenant à vous connaître. Car
l’intérêt principal de l’IA au quotidien, c’est justement d’en avoir une
qui soit la vôtre, et celle de personne d’autre : un outil taillé sur
mesure.
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