À la Maison-Blanche, les conseillers rédigent des notes, les diplomates surveillent les crises et Donald Trump partage des images de Donald Trump. De préférence en héros, en pape, en général, en sauveur de l’humanité ou en figure biblique. La fonction présidentielle exige beaucoup de sacrifices, mais certainement pas celui de la modestie.
mise à jour le 07/08/26
Hugh Dougherty, rédacteur en chef exécutif du Daily Beast, a résumé le problème avec une comparaison familiale assez simple :
« Si votre père de 79 ans restait éveillé presque toutes les nuits pour écrire 18 messages farfelus par jour, vous appelleriez un médecin. »
Depuis, Donald Trump a fêté ses 80 ans. Son rythme de publication, lui, n’a pas pris une ride.
Plus de 2 700 publications depuis le début de l’année
Une analyse du Financial Times comptabilisait déjà plus de 2 700 publications sur Truth Social en 2026, soit plus de 19 par jour. Près de la moitié comportaient une image ou une vidéo.
Le rythme moyen ne raconte d’ailleurs qu’une partie de l’histoire. En mai, Trump a publié 861 messages en un mois, environ 27 par jour. Le 5 juillet, son compte en a diffusé 113. Le 27 juillet, il en a aligné 14 en une heure. Une cadence qui ferait passer un gestionnaire de communauté sous amphétamines pour un moine contemplatif.
Une partie de ces contenus est préparée ou relayée par son entourage, notamment son assistante Natalie Harp. Mais selon les informations disponibles, Trump approuve les publications. Il ne subit donc pas cette gigantesque opération de communication : il en est le personnage principal, le directeur artistique et le spectateur le plus enthousiaste.
Trump en Jésus, en pape et en héros de guerre
Le contenu offre une visite guidée de son ego. Trump s’est déjà montré sous les traits d’un pape, d’un médecin miraculeux, d’un combattant armé, d’un général de la guerre d’indépendance ou d’un sauveur accompagné de Jésus-Christ.
En avril, il avait même attaqué le pape Léon XIV avant de publier une image de lui en figure christique. L’humilité chrétienne avait été momentanément remplacée par une option premium permettant d’insérer son propre visage dans les Évangiles.
Face aux critiques, Trump avait expliqué qu’il était représenté comme un médecin capable de « rendre les gens meilleurs », avant d’ajouter : « Et je rends les gens meilleurs. Je les rends beaucoup meilleurs. » Même lorsqu’il se défend d’être Jésus, Donald Trump trouve donc le moyen de confirmer qu’il accomplit des miracles.
Une insomnie suivie par la planète entière
Le problème ne serait qu’un spectacle embarrassant si son auteur n’était pas président des États-Unis. Chaque publication est immédiatement examinée par les marchés, les diplomates, les états-majors et les gouvernements étrangers. Une attaque personnelle, une image de bombardement ou une menace territoriale peut être interprétée comme une indication politique.
Trump a notamment partagé des représentations de navires iraniens détruits, d’une conquête du Groenland ou de ses adversaires emprisonnés. Sur son compte, le fantasme personnel, la propagande et la politique étrangère circulent dans le même tuyau, sans panneau pour indiquer où finit la plaisanterie et où commence la menace.
La Maison-Blanche présente cette activité comme une communication « directe et authentique ». C’est incontestable : rarement un chef d’État aura autant montré au public son besoin d’être regardé, admiré et représenté plus grand que nature.
Le pays le plus armé de la planète dépend ainsi des nuits d’un homme qui semble considérer chaque minute sans publication comme une minute durant laquelle quelqu’un pourrait penser à autre chose qu’à lui. L’Amérique possède toujours une Constitution, un Congrès et des institutions. Mais après 21 heures, le véritable centre du pouvoir ressemble surtout à un téléphone allumé dans une chambre.
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