Le pontificat d'Avignon fut le chapitre le plus humiliant de l'histoire de l'Église. L'administration Trump vient de l'invoquer comme un avertissement au pape Léon XIV.

Ce n'est pas une rumeur. Ce n'est pas une exagération. Ce n'est pas de la politique comme d'habitude.

En janvier dernier, à huis clos au Pentagone, de hauts responsables de l'administration Trump ont convoqué le cardinal Christophe Pierre, ambassadeur du pape Léon XIV aux États-Unis, et lui ont tenu un discours que plusieurs responsables du Vatican ont qualifié de coercitif et menaçant. Alors que la tension montait, un responsable américain aurait même tenté de s'emparer d'une arme du XIVe siècle.

Il invoqua la papauté d'Avignon.

Si vous ne savez pas ce que cela signifie, vous devez le savoir. Car les personnes présentes dans cette salle du Pentagone savaient parfaitement ce que cela signifiait — tout comme le cardinal stupéfait assis en face d'elles.

Qu’est-ce que la papauté d’Avignon ? — Pourquoi devrait-elle terrifier ?

La papauté d'Avignon (1309-1377) désigne la période durant laquelle la papauté fut transférée de force de Rome à Avignon, en France, sous le contrôle total de la Couronne française. Elle débuta lorsque le roi Philippe IV envoya des soldats armés capturer le pape Boniface VIII à Anagni en 1303. Le pape fut frappé, fait prisonnier et humilié. Il mourut quelques semaines plus tard des suites de ce traumatisme.

Philippe II orchestra alors l'élection d'un pape français, Clément V, qui ne mit jamais les pieds à Rome. Pendant 68 ans, le successeur de saint Pierre ne siégea pas dans la Ville éternelle, mais dans un palais du sud de la France – prisonnier politique dans une cage dorée, exécutant les ordres du monarque français qui en détenait les clés.

L’Église catholique qualifie cette période de « captivité babylonienne de la papauté ». Ce fut le moment de l’histoire où la force militaire brutale fut employée pour soumettre l’évêque de Rome – le Vicaire du Christ sur terre – à la volonté d’un pouvoir temporel. Cela demeure l’une des blessures les plus profondes de la mémoire de l’Église universelle.

Lorsqu'un responsable américain évoque cet épisode historique lors d'une conférence au Pentagone, il ne s'agit pas d'une simple observation théorique. Il profère une menace. Il affirme : « Nous savons comment briser un pape. Cela s'est déjà produit. »

« L’Amérique a la puissance militaire nécessaire pour faire tout ce qu’elle veut dans le monde. L’Église catholique ferait mieux de prendre son parti. »

Que s'est-il réellement passé dans cette salle du Pentagone ?

Le sous-secrétaire à la Défense chargé des politiques, Elbridge Colby – lui-même catholique –, a convoqué le plus haut diplomate du Vatican aux États-Unis à une réunion extraordinaire à huis clos. Aucun document public ne fait état d'une telle convocation au Pentagone dans l'histoire de la République américaine. Aucun.

L'équipe de Colby a analysé en détail le discours sur l'état du monde du pape Léon XIV en janvier. Ils étaient furieux. Ce qui les a le plus indignés, c'est une phrase en particulier : la diplomatie fondée sur le dialogue « est remplacée par une diplomatie fondée sur la force ».

Le Pentagone a interprété cela comme une remise en cause directe de la doctrine Donroe de Trump, qui affirme la suprématie militaire américaine incontestée sur l'hémisphère occidental. Le cardinal est resté silencieux pendant toute la conférence.

De nombreux responsables du Vatican, informés de la réunion, ont interprété la référence du Pentagone au Vatican comme une menace directe d'usage de la force militaire contre le Saint-Siège. Le choc fut tel que le pape Léon XIV annula son voyage aux États-Unis prévu cette année-là.

Le pape n'a pas cligné des yeux.

Le pape Léon XIV — né Robert Francis Prevost à Chicago, premier pape américain de l'histoire — ne recula pas. Au contraire, il intensifia sa pression.

Lorsque les bombes américaines s'abattirent sur l'Iran le 1er mars, Léon XIV condamna fermement ces frappes. Pendant la Semaine sainte, il dénonçait ouvertement ce qu'il appelait « l'occupation impérialiste du monde ». Le dimanche des Rameaux, il déclara que Dieu « n'écoute pas les prières de ceux qui font la guerre ». Et le dimanche de Pâques, devant un quart de million de personnes rassemblées place Saint-Pierre, il implora les dirigeants du monde de déposer les armes et d'abandonner « le désir de dominer autrui ».

Quelques heures après ce nouvel appel au cessez-le-feu, Donald Trump a publiquement nuancé sa menace la plus meurtrière envers l'Iran – la seule fois, durant son second mandat, qu'une personnalité extérieure l'a contraint à un quelconque recul. Cette personnalité extérieure était l'évêque de Rome.

Le Pentagone pensait pouvoir intimider le premier pape américain. Il s'est trompé.

« Il est fort possible que le pape ne se rende jamais aux États-Unis sous cette administration. »

JD Vance, un converti au catholicisme, a personnellement invité le pape Léon XIV aux États-Unis pour les célébrations du 250e anniversaire de l'Amérique. Le pape a décliné l'invitation. Le 4 juillet, Léon XIV se rendra donc sur l'île de Lampedusa, cette petite île située entre la Tunisie et la Sicile où des milliers de migrants africains débarquent chaque jour – ces mêmes personnes que l'administration Trump a passées des années à diaboliser, expulser et emprisonner.

Robert Francis Prevost est un homme trop méthodique pour avoir choisi cette date par hasard.

L’administration Trump n’a pas seulement insulté l’Église. Elle l’a menacée. Elle a puisé sept siècles en arrière, dans le chapitre le plus sombre de l’histoire papale, et l’a brandi devant l’ambassadeur du pape lui-même – dans le bâtiment où se planifient les guerres américaines et où sont autorisées ses frappes nucléaires.

La référence à Avignon n'était pas une leçon d'histoire. C'était un avertissement : il fallait faire au pape Léon XIV ce que Philippe IV de France avait fait à Boniface VIII : le briser, le plier, ou le détruire. Une captivité babylonienne américaine. En 2026.

« Il est fort possible que le pape ne se rende jamais aux États-Unis sous cette administration. »