Le 5 août 2026, le juge fédéral William B. Shubb (tribunal de district Est de Californie) a rendu une injonction provisoire dans l’affaire Kory et autres contre Bonta et autres. Elle interdit au procureur général de Californie Rob Bonta, au Conseil médical de Californie et au Conseil des médecins ostéopathes (ainsi qu’à leurs agents) d’enquêter, de poursuivre, d’accuser ou de sanctionner les trois médecins plaignants – le docteur Pierre Kory, le docteur Le Trinh Hoang et le docteur Brian Tyson – en raison du point de vue des informations, recommandations ou conseils qu’ils donnent à leurs patients sur le Covid-19, y compris lorsqu’ils s’écartent des positions des autorités de santé publique.
Concrètement, cela signifie que ces "Boards" (ordre des médecins) ne peuvent plus menacer leurs licences pour des opinions exprimées au chevet du patient sur les vaccins, l’ivermectine ou d’autres aspects de la gestion du Covid. L’ordonnance précise explicitement qu’elle n’empêche pas les conseils d’agir en cas de fraude, de traitement réellement négligent, de violations des règles de prescription, de défaut réel de consentement éclairé sur un risque matériel ou une alternative raisonnable, ou de tout autre comportement régulable indépendamment du point de vue sur le Covid. Elle interdit également de requalifier en « manquement au standard de soins » ou en « défaut de consentement éclairé » le simple refus de relayer la position gouvernementale sur une question contestée.

Cette décision s’appuie notamment sur l’arrêt de la Cour suprême Chiles contre Salazar (mars 2026), qui a confirmé que le discours professionnel adressé aux clients ou patients relève de la protection du Premier Amendement et doit être soumis à un contrôle strict, et non traité comme un simple « comportement » plus facilement régulable. L’injonction est provisoire : elle protège les trois médecins pendant la durée de la procédure, mais ne constitue pas encore un jugement définitif sur le fond. Sa portée est limitée aux plaignants nommés ; elle n’abroge pas automatiquement toutes les règles disciplinaires des conseils californiens ni ne s’applique à tous les médecins de l’État. Cependant c’est un véritable séisme.

Pierre Kory, médecin en soins intensifs, cofondateur de l’Alliance de soins critiques de première ligne contre le Covid-19, avait témoigné devant le Sénat américain dès décembre 2020 en faveur de l’ivermectine, qu’il avait alors qualifiée de « médicament miracle ». Ses certifications de spécialistes avaient été révoquées par le Conseil américain de médecine interne pour diffusion de « fausses informations ». Il a choisi de ne pas renouveler sa licence californienne par précaution face aux risques de poursuites. Le combat judiciaire qu’il mène depuis plusieurs années s’inscrit dans une défense du droit des médecins à exprimer leurs jugements cliniques auprès de leurs patients sans craindre une radiation purement idéologique. France-Soir est le seul média français à avoir interviewé Kory à plusieurs reprises (ici, et ici).

En France, des médecins ont également choisi de soigner les patients selon leur jugement clinique, en s’appuyant sur des traitements précoces. Le professeur Christian Perronne (hôpital Raymond-Poincaré, département 92) et le professeur Didier Raoult avec son équipe de l’Institut hospitalo-universitaire Méditerranée Infection (Marseille, département 13) ont défendu et appliqué des protocoles incluant l’hydroxychloroquine associée à l’azithromycine. Des analyses observationnelles de l’Institut ont rapporté des taux de mortalité faibles (autour de 0,5 % à 0,9 % dans certaines cohortes) et une réduction de la charge virale. Une analyse indépendante portant sur 30 423 patients soignés à l’Institut a confirmé une association entre ce traitement précoce et une diminution du risque de transfert en réanimation ou de décès. Ces chiffres ont pu être examinés grâce aux données mises à disposition.

Ces observations ont trouvé un écho extrinsèque dans une étude du professeur Francisco Emmerich au Brésil : entre novembre 2020 et mars 2021, l’État du Pará (qui avait systématisé les traitements ambulatoires précoces) a enregistré 296 décès par million d’habitants, soit 5,5 fois moins que l’État voisin de l’Amazonas (1 645 décès par million d’habitants). Ces données, issues d’études observationnelles et non d’essais randomisés contrôlés de grande ampleur, ont rarement été prises en considération par les institutions sanitaires, car elles allaient à contre-courant des orientations officielles privilégiant d’autres stratégies.
Quelques jours avant la décision californienne, le 29 juillet 2026, Anthony Fauci, ancien directeur de l’Institut national des allergies et des maladies infectieuses et figure centrale de la réponse américaine au Covid, a comparu sous assignation devant la commission sénatoriale sur la sécurité intérieure et les affaires gouvernementales, présidée par le sénateur Rand Paul. Dans une audition de plusieurs heures, Fauci a invoqué le Cinquième Amendement – le droit de ne pas s’auto-incriminer – cent onze fois, refusant de répondre à quasiment toutes les questions sur sa gestion de la pandémie, les financements de recherches, les origines du virus ou ses déclarations antérieures. Il a expliqué agir sur conseil de ses avocats, estimant que l’audition visait à le piéger en vue d’une poursuite pénale.

Le 6 août 2026, la commission sénatoriale a voté (huit voix contre sept, selon les lignes partisanes) pour le tenir en outrage au Congrès. Le dossier a été transmis au département de la Justice pour d’éventuelles poursuites pénales. Parallèlement, plusieurs États ont ouvert des enquêtes : le procureur général de Floride James Uthmeier a lancé une investigation et émis une assignation (rejoint par ceux de Louisiane et de Virginie-Occidentale), portant notamment sur d’éventuels conflits d’intérêts, récompenses et conséquences de ses recommandations.

Rappelons un contraste factuel souvent oublié : en 2020, la Floride, malgré une population nettement plus âgée, a enregistré 530 décès attribués à la Covid par million d’habitants (dpm), inférieure à celle d’États comme le New Jersey (1807 dpm) New York (1698 dpm) sur certains indicateurs.

New York et la Californie avaient rendu quasi impossible, ou interdit, la prescription de traitements précoces dans de nombreuses circonstances, tandis que la Floride a maintenu une plus grande latitude pour les médecins de terrain. Les comparaisons restent complexes (vagues successives, densités urbaines, ajustements par âge), mais illustrent des trajectoires divergentes qui auraient méritées de véritables analyses approfondies, plutôt que des les balayer d’un revers de main.

D’un côté, la médecine de terrain qui soigne au chevet du patient, en adaptant les protocoles disponibles (comme à Marseille, à Garches ou en Floride) et en défendant le droit de discuter d’options hors consensus officiel. De l’autre, la médecine institutionnelle qui semble avoir parfois perdu le contact avec la réalité du terrain, comme en témoignent les courriels et le journal personnel de Fauci (plusieurs milliers de pages rendues publiques en juillet 2026). Ces documents révèlent un accent important sur la célébrité, les articles de presse, les récompenses et la gestion de l’image, parfois juxtaposés aux chiffres de morts quotidiens. Fauci savait, d’après certains éléments de ces documents et de témoignages antérieurs, que des traitements précoces faisaient l’objet d’études et que l’impact de certaines mesures sanitaires pouvait être limité, mais il a choisi de se conformer à un récit institutionnel défendant les décisions prises plutôt que de prioriser systématiquement l’intérêt individuel des patients.

Deux médecins, deux combats. L’un a risqué (et perdu) des certifications et une licence pour continuer à dire à ses patients ce qu’il croyait juste, en s’appuyant sur le Premier amendement et le serment d’Hippocrate (« d’abord ne pas nuire », mais aussi ne pas se taire par peur). L’autre, après avoir occupé le sommet de l’appareil de santé publique, a utilisé le Cinquième Amendement pour se protéger lui-même face aux questions du Congrès, et se trouve désormais confronté à un vote d’outrage au Congrès et à des enquêtes d’États. En France comme aux États-Unis, des praticiens de terrain (Perronne, Raoult et son équipe) ont obtenu des résultats observationnels favorables avec des traitements précoces, rarement retenus par les institutions. L’un se bat pour préserver la relation médecin-patient contre la pression institutionnelle ; l’autre se bat pour sa propre sécurité juridique face aux conséquences de décisions prises au nom de l’État.

Thémis, déesse de la justice, tient la balance. Dans l’affaire Kory, un juge fédéral a fait pencher le plateau du côté de la liberté d’expression professionnelle limitée, tout en maintenant les garde-fous contre la négligence réelle. Dans le cas Fauci, le droit constitutionnel a permis le silence initial, suivi d’un vote d’outrage au Congrès et de procédures d’États. Que la balance penche « dans le bon sens » dépend de ce que l’on place sur les plateaux : la protection du patient face à une orthopédie d’État, ou la protection de l’individu face au risque de poursuites. Les faits juridiques et les données observationnelles sont clairs. L’interprétation morale reste, elle, ouverte au jugement de chacun.



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